Conseiller Général du canton de Bordeaux I et Conseiller Régional d'Aquitaine

   
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Alain JUPPE : Sortie par La petite porte d’un illusionniste…

Publié le 15/05/2012

Je n’ai rien contre la personne, l’homme, le citoyen qui, comme tout le monde, a vécu des épreuves et des joies personnelles.
En revanche...


Alain JUPPE : La petite porte d’un illusionniste…


Je n’ai rien contre la personne, l’homme, le citoyen qui, comme tout le monde, a vécu des épreuves et des joies personnelles.

En revanche concernant l’homme public, le responsable politique, le maire de ma ville, voici de quoi décrypter le vrai visage d’un adversaire que j’ai eu, et que j’ai toujours l’occasion de bien observer.

Deux éléments m’y ont incité. Premièrement, son renoncement à se présenter face à la députée sortante Michèle Delaunay, au prétexte de peser de «tout son poids» à redresser l’UMP. Deuxièmement, en réaction aux propos injurieux qu’il a tenu dans L’Express qualifiant mes amis du Conseil municipal «de crétins», propos aussi décalés dans la bouche d’un ancien 1er Ministre, que son bras d’honneur lors d’un débat sur TV7.

 

Juppé, sauveur de l’UMP ?


Sauver l’UMP me paraît être une excuse bien mince, car, je le crains pour lui, ils ne sont pas nombreux à l’UMP à penser qu’il est encore en mesure de jouer un rôle de premier plan en leur sein. Après cet échec, les jeunes loups de ce parti n’attendent rien des barons UMP locaux, certains s’étant déjà exprimés sur les piètres résultats de Sarkozy dans des bastions de droite, accusant les maires UMP de ne pas avoir su donner au président sortant une majorité dans leur fief… C’est bien le cas à Bordeaux ! Copé et Fillon se préparent à s’affronter, le maire de Bordeaux ne pourra jouer qu’un second rôle : soutenir son ami de 30 ans, François Fillon, classé premier loin devant par les militants UMP.

De plus, pour jouer un rôle politique important à Paris quand on se retrouve dans l’opposition, il est préférable de s’appuyer sur un siège de parlementaire.

Non… Alain Juppé a assurément peur de l’échec, il fuit le combat, alors que pour une femme ou un homme politique, «tomber» au champ d’honneur est plus glorieux et respectable que de tourner les talons devant l’adversaire.

Ce qui est extraordinaire dans cette affaire, c’est qu’au moment où j’écris ces lignes, Nicolas Sarkozy organise et met en scène sa sortie avec un certain panache, alors qu’Alain Juppé, lui, rate totalement la sienne. Mais n’a-t-il raté que cela ?

                                            

Retour en arrière


Pour bien comprendre sa personnalité il faut remonter loin en arrière dans sa carrière tant locale que nationale.

J’ai rencontré Alain Juppé pour la première fois en 1995, quand, avec Gilles Savary, Jacques Respaud et Daniel Jault, nous avons été élus dans sa première opposition à la mairie de Bordeaux.

Nous avions la lourde charge d’être les «bretteurs» socialistes animant la contradiction face à celui que Jacques Chirac avait qualifié de «meilleur d’entre nous».

Longtemps, j’ai cru que cet homme a priori brillant était un véritable enfant de la droite sociale et républicaine, bref, pur produit du gaullisme, avec, chevillé au corps, l’esprit du Conseil National de la Résistance. La suite montrera que je me suis bien trompé !

C’est avec cette image de lui que je fis mes premières «gammes» en politique.

Au fur est à mesure de la progression de mon mandat municipal, un étrange malaise commençait à poindre en moi au sujet de cet homme d’État, un sentiment de «tromperie sur la marchandise».

En une sorte de tableau pointilliste, par touches successives, la véritable image du personnage m’apparut.

Il faut dire qu’il a commencé fort avec, je le reconnais, la réussite de l’aménagement des quais.

En y réfléchissant bien, en analysant cette action, complétée par la mise en lumière de quelques monuments, je m’aperçus qu’il venait de planter le décor d’un formidable numéro d’illusionniste qui dure maintenant depuis 17 ans. En fait, peu d’imagination, simplement l’intelligence d’avoir compris qu’en toilettant le génie des anciens, il allait donner, en quelque sorte, l’illusion au Bordelais d’être lui-même porteur de ce génie… Astucieux !

 

S’approprier les idées d’autrui


Avec le choix du TRAM, deuxième grand dossier emblématique, il va s’approprier une idée portée depuis les années 1980 par les réseaux associatifs, notamment «Aquitaine Alternative» transformé en «TRANSCUB» avec Denis Teisseire et «Montaigne Avenir» avec Gérard Boulanger et moi-même. Là encore illusion ! Tromperie bien orchestrée et maligne, le faisant passer pour celui qui en a eu l’idée.

Mais des aubaines de ce type n’arrivent pas tous les jours et comme Bordeaux n’a été et reste encore, quoique, dans une moindre mesure, un camp de base pour ses ambitions nationales. Il fallait durer, durer, durer !

 

Urbanisme sans vision abandonné aux spéculateurs


Il s’est alors lancé dans de grands travaux d’urbanisme, mais sans grande stratégie, ni vision particulièrement innovante. Je pense que sa seule grande motivation fut, et reste encore de favoriser au maximum les gros promoteurs privés immobiliers avides de spéculations… rien de plus normal pour un libéral !

Il a d’ailleurs sur ce sujet, pourtant fondamental, laissé les clés de la ville à quelques proches en leur déléguant cette mission. Au final, cette «non-vision» du maire s’est transformée en frénésie spéculative au profit de quelques grands groupes et autres promoteurs.

Le résultat est petit bras. Lui-même, entre ses allers et retours Paris-Bordeaux, se laisse aller à des appréciations peu flatteuses pour certaines réalisations comme celle de l’immeuble de la Banque Populaire à la Bastide.

Hors les courtisans et autres architectes commandités, beaucoup s’accordent à dire que le Bordeaux de Juppé ne sera pas classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité. La Bastide, Hausmann, le nouveau quartier du Lac, Belcier sans compter le remplissage de toutes les «dents creuses» du tissu urbain existant nous donnent un patchwork sans queue ni tête. Aucun schéma directeur architectural visionnaire, le seul guide restant le PLU (Plan Local d’Urbanisme).

à ces opérations urbaines, il convient d’ajouter le Centre Culturel du Vin et le grand stade, qui s’inscrivent toujours dans cette démarche de rideau de fumée en y rajoutant la touche du prestige…

Seuls rescapés notables, le «Village de Bacalan», l’hôtel «Sekoo» ou les constructions de Bulher, témoignent, pour quelques réalisations, de la pertinence et du talent des architectes du cru.

 

Une réalité bien moins clinquante


Si dans la cité les projets immobiliers continuent inexorablement la digestion progressive de notre foncier, les équipements sociaux, eux, stagnent ou avancent à petits pas. Les quartiers sont largement sous-équipés, la plupart des associations sont isolées, abandonnées, certains secteurs sont vitrifiés.

 

Trucs d’illusionniste


Conscient de cela, conscient de ses lacunes dans ce domaine, conscient de sa difficulté à comprendre le «génie du lieu» le maire a varié son numéro d’illusionniste en dressant un rideau de fumée destiné à détourner l’attention et l’analyse sur une gestion antique de la cité : fêtes plébéiennes et feux d’artifices fascinants.

Sont nées alors les grandes manifestations à intention culturelle confiées à quelques noms prestigieux de la culture internationale, venus à Bordeaux faire du copié-collé : NOVART, EVENTO… manquant à trouver l’exception culturelle que mériterait une ville par ailleurs si riche – depuis toujours – en talents artistiques et littéraires. Peu importe, du moment que l’illusion opère, fusse au détriment des forces et de l’initiative locales.

 

Le recours à l’écologie pour durer


Fidèle à sa stratégie de règne solitaire durable, notre prestidigitateur a profité d’un long voyage d’études dans les contrées américaines du Nord chez nos «cousins» pour ramener un nouveau tour, un tour exceptionnel, le plus beau tour d’illusion de sa carrière municipale… L’ÉCOLOGIE, le développement durable ! Et voici le «meilleur d’entre nous» transformé en Al Gore français… Excellent, fort, incroyable, en tout cas, il faut l’admettre, une idée de plus au service de l’occultation d’une politique néfaste pour la ville.

Alors, débute le festival de petites actions d’écologies urbaines peu coûteuses pour camoufler la décision de faire un grand axe routier en quasi centre ville, rue Lucien-Faure et continuer à endormir le peuple pour poursuivre ses erreurs urbanistiques récurrentes.

 

Un patrimoine nié


C’est la globalité du tableau qui est critiquable. En tout cas, le résultat n’est pas à la hauteur de ce qui devrait sortir de la vision urbaine de celui qui nous est présenté comme un grand «cerveau» de la Nation !

C’est souvent dans la gestion du détail que l’on décèle la véritable personnalité des gens. Est-il encore une fois nécessaire de rappeler la sordide histoire du pont du pertuis aux bassins à flot de Bordeaux ?

La décision du maire de laisser détruire un joyau de l’architecture industrielle de la fin du xixe et du début du xxesiècle, contre tous les avis des hauts fonctionnaires du Patrimoine et de tous les responsables associatifs du milieu patrimonial, est un acte désastreux.

Il a bien validé, auprès du Préfet et du Port, la destruction d’un pont historique dont l’existence fut pour beaucoup dans la décision d’intégrer les bassins à flot au périmètre de classement de Bordeaux au Patrimoine Mondial de l’Humanité.

Cette position partisane serait-elle simplement due au fait que ses adversaires politiques souhaitaient la restauration de cet ouvrage d’art ?

On décèle là l’un de ses moteurs : ne jamais reconnaître la raison de l’adversaire au prix même de décisions dommageables pour la communauté.

 

Un florilège d’échecs


S’il est les artifices décrits ci-dessus suffisent à masquer les lacunes ou les choix très libéraux au niveau local, il n’en va pas de même au plan national.

Quand on y regarde de près, on se rend compte que les réussites d’Alain Juppé tiennent plus aux scrutins de liste à Paris, aux nominations ministérielles et enfin à la cooptation de Jacques Chaban-Delmas pour lui succéder à la tête d’une ville que l’on a longtemps comptée parmi les plus à droite de France. À l’époque, n’importe quel parachuté du RPR aurait fait un score de maréchal.

Si Chaban n’avait pas atteint ses limites physiques en 1995, notre Premier ministre se serait parachuté dans n’importe quel autre grand fief de droite vacant. Il lui fallait se tailler un duché logistique en province pour aller guerroyer à Paris.

La carrière du maire de Bordeaux est jalonnée d’une liste impressionnante d’échecs qui partent de Mont-de-Marsan, passent par la dissolution de l’Assemblée Nationale portant la Gauche au pouvoir, pour culminer avec l’échec historique aux législatives de 2007, face à Michèle Delaunay, ce qui le priva de portefeuille ministériel.

à son arrivée à Bordeaux, le paysage politique était ultra-favorable à la droite : trois circonscriptions sur trois et cinq cantons sur huit. Aujourd’hui, reste une seule circonscription encore affaiblie par le score des dernières présidentielles, et trois cantons sur huit. Alain Juppé est l’homme de la décroissance politique de l’UMP.


Encore n’est-ce pas la liste exhaustive des déconvenues et des errements que Monsieur Juppé tente de faire oublier ou d’oublier lui-même.

 

Le «meilleur d’entre nous»


Jacques Chirac ne lui a finalement pas rendu le meilleur des services en le qualifiant de «meilleur d’entre nous». Sa propension à l’autosatisfaction s’en est trouvée confortée au point de faire perdre le sens de la mesure à ce « triple A » de l’intelligence.

Ne contestons pas chez cet énarque une faculté très affûtée pour l’analyse technique, la synthèse de dossiers complexes, la rigueur de la tenue des comptes… vertus toutes «métallique», numérique, binaire… Cette machine intellectuelle particulière lui avait valu de la part de ses camarades de promotion de l’ENA, un surnom dont tout le monde se souvient… Mais cela suffit-il ?

On sent bien qu’il a besoin de résultats rapides et lisibles : des grues, des tranchées, des séparations de chantiers rouges et blanches, encore des tranchées, peu importe la qualité… ce qui compte c’est que ça bouge !

Mais, a-t-il vraiment estimé les Bordelais ? Est-il «tombé en amour» de Bordeaux, pour reprendre cette belle expression des «cousins» ?

 

Sans nerfs et méprisant


Palpable et vérifiable, sa tension, sa difficulté à maîtriser ses nerfs… Combien de fois, pour des futilités, des petites attaques sans importance, je l’ai vu céder à des colères froides, des colères blanches.

Apparemment, Alain Juppé ne supporte pas la contradiction, il est le plus fort, le meilleur, il ne peut se tromper. Il toise son opposition, condescend parfois à lui adresser la parole ; il méprise ses adversaires jusqu’à les traiter de crétins dans un grand hebdomadaire national.

L’idée de l’échec lui est insupportable, pourtant, bien qu’«Homo Sapiens Sapiens Perfectus», il a tendance à parler trop vite… Il devait, après sa défaite aux législatives, rester à Bordeaux, promis, juré… croix de bois, croix de fer, si je mens… Le voilà parti à Paris, Ministre d’État !

Combien de fois n’a-t-il clamé son intention de prendre sa revanche sur Michèle Delaunay, et, l’heure venue… il déserte le terrain !

 

Sarkojusquauboutiste


Mais qui est-il donc ? Que cache-t-il ? D’où sortent ces stratégies étonnantes ?

D’où lui vient ce manque de discernement, lui, la «plume» et le bras droit de Chirac, baron du Gaullisme qui finit au service de Sarkozy. Quand, entre les deux tours de l’élection présidentielle, le président sortant racolait sans retenue les électeurs du Front National, Juppé assurait qu’il n’y avait pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre lui et le président de la République.

Comment interpréter cette position suicidaire qui a pesé lourd dans le score de François Hollande à Bordeaux, toutes circonscriptions confondues.

 

Prestidigitateur déchu


Alain Juppé serait donc comme tout le monde ? Il ne serait pas invincible ! Il n’est donc pas le meilleur d’entre nous ! Serait-il lui-même l’une des illusions de sa politique ?


Illusion d’avoir gagné quand il a perdu, illusion d’avoir raison quand il a tort, illusion d’être écolo alors qu’il va faire traverser Bordeaux par des dizaines de milliers de voitures chaque jour…

Dans ce jeu de dupe, on est toujours rattrapé par la réalité.

La vérité c’est qu’aujourd’hui Alain Juppé est à cours de tours de passe-passe, il est seul devant sa propre réalité, l’hologramme qu’il a si habillement créé s’estompe.

La vérité, c’est que les Bordelais commencent doucement à mesurer l’impact de ses véritables prestations, plus tournées vers son image que vers leur quotidien.

Seul devant l’échec, seul responsable devant son camp et les stratégies qui ont échoué, désarmé, il doit trouver rapidement un dernier tour…

Bien piètre dernier numéro : la fuite pour ne pas finir sur un échec personnel définitif ; le roi est nu, chacun peut voir encore son visage blême à la télévision s’adressant fugitivement au soldat Nicolas Florian, désormais seul au front, avant de quitter la place.

Il renonce au nom de l’intérêt supérieur de Bordeaux et de l’UMP ! Bordeaux n’en rit pas, Bordeaux n’est pas dupe, Bordeaux referme doucement la porte de 17 ans de faux-semblants et de ravalements de façade qui ne parviennent plus à cacher l’intérieur.

 

Bordeaux sans moi


La dernière illusion, il la jouera pour lui-même. Il va se persuader que son renoncement est une punition pour le peuple bordelais, qui vraiment, ne comprend rien et ne mérite donc pas un homme comme lui…

Alors je lui dis, sans haine, sans mépris, il pourra par la suite me clouer au panthéon de ses «crétins» :

Monsieur, le pamphlet et la métaphore sont beaucoup plus puissants que l’insulte dont vous êtes coutumier.

Monsieur, sachez qu’en politique il faut toujours respecter l’adversaire et ne le sous-estimer jamais…

Monsieur, Inspecteur Général des Finances, vous auriez certainement été «le meilleur d’entre eux».

Monsieur, il n’y a pas d’âge pour ouvrir les yeux sur soi-même… vous serez remplacé.

Monsieur, pourquoi choisir la petite porte ? Partez avec panache… Au combat, comme un brave !

Ou alors, Monsieur, pour vous, pour nous, pour Bordeaux… retirez-vous ! Venise est si belle…

 

Philippe Dorthe                                                                                                                                           

Conseiller général du 1er canton de Bordeaux

Conseiller régional d’Aquitaine

14 mai 2012



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