Conseiller Général du canton de Bordeaux I et Conseiller Régional d'Aquitaine

   
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Bordeaux Municipales : Faut-il encore croire Alain JUPPE … ?

Publié le 07/09/2012

Juppé « Absolument déterminé »… C’est le titre de l’article du journal Sud-Ouest du 3 septembre 2012. Si Monsieur Juppé doit être le dernier rempart pour contenir la Gauche bordelaise, ce titre me rassure plus qu’il ne m’inquiète.


Juppé « Absolument déterminé »… C’est le titre de l’article du journal Sud-Ouest du 3 septembre 2012.

Si Monsieur Juppé doit être le dernier rempart  pour contenir la Gauche bordelaise, ce titre me rassure plus qu’il ne m’inquiète.

Depuis 1995, j’ai appris à connaitre l’homme politique, Alain Juppé, et son fonctionnement.

Il me semble donc nécessaire pour le lecteur de « remettre le clocher au milieu du village » sur ce qui est de cette réalité… peu abordée par la presse.

Souvenons-nous en 1995, quand le 1er Ministre, « le meilleur d’entre nous » disait-on alors, est venu prendre possession de l’héritage (un peu forcé) de Jacques CHABAN-DELMAS.

A l’époque, le parti d’Alain Juppé, le RPR, était titulaire des trois circonscriptions sur trois qui touchent Bordeaux et de six cantons sur huit. Dix sept ans plus tard, le même parti, aujourd’hui l’UMP, se retrouve à Bordeaux sans aucune circonscription et seulement trois cantons sur huit.

Confronté à l’image de l’homme et à la dure réalité de son bilan politique, il y a de quoi être surpris du résultat.

Le Maire de Bordeaux ne confondrait-il pas velléité et  détermination ? On peut se poser la question, il est tellement coutumier du fait.

Souvenons-nous encore :

Jusqu’au bout, ne jurait-il pas que son amour de Bordeaux lui ferait refuser tout poste ministériel ? Premier coup de sifflet de Sarkozy, et le voici parjure en acceptant de prendre le Ministère des Affaires Etrangères.

Jusqu’au bout, ne disait-il pas, avec les termes élégants que nous lui connaissons,  qu’il lui tardait d’en découdre avec Michèle Delaunay pour lui reprendre la députation ? Au dernier moment il refuse l’obstacle.

Jusqu’au bout, ne s’est-il pas mis en position de « sauveur » de l’UMP ? Il renonce encore !!! (Mais ça je l’avais prédit dans mon Canton Info du mois de juin).

Pour quelqu’un de déterminé, nous sommes en droit d’être perplexes.

Son annonce de candidature pour 2014 est-elle encore une posture ?

Personne n’est à sa place, seule l’histoire témoigne suffisamment pour  nous indiquer la possibilité d’un ultime renoncement…

En tout cas, pour revenir à l’article du journal, personne n’a vu un(e) Président(e) d’exécutif, Maire, Président(e) de Conseil général ou de Conseil régional annoncer dix neuf mois avant l’échéance, son renoncement. Imaginez une seule seconde l’état d’esprit de la majorité UMP de Bordeaux, si elle apprenait par la presse, le renoncement de leur « patron » sans que celui-ci n’ait préparé sa succession !!! Pour le coup, nos amis journalistes pourraient pendant dix-neuf mois, rédiger au kilomètre, des articles sur les luttes fratricides de la Droite bordelaise.

Non… Je pense que cela n’est pas sérieux…  Si le Maire doit renoncer, il le fera comme d’habitude, quelques mois avant.

Il me semble plus sage d’analyser froidement la réalité de la droite à Bordeaux et en périphérie.

Cette analyse pourrait bien nous amener à prendre très au sérieux le fait qu’Alain Juppé pourrait ne pas briguer un quatrième mandat de Maire. Non pas parce qu’il serait couard… je ne le pense pas et il a montré à beaucoup, et dans tous les camps, sa forte capacité à encaisser les coups. Non Alain Juppé n’a pas peur, mais il y a une seule chose que viscéralement il ne supporte pas… c’est l’échec !!!

Il risque de ne pas repartir en 2014 pour de très nombreuses raisons, autant personnelles que politiques. Laissons les raisons personnelles, cela ne nous regarde pas.

Restons sur les raisons politique.

D’abord il y a des réalités qu’il ne faut pas cacher. Tout le monde sait bien qu’Alain Juppé a atterri à Bordeaux, car la place se libérait… Chaban aurait eu dix ou quinze ans de moins, Juppé ne serait jamais venu chez nous et  aurait certainement  trouvé un autre parachutage, à Lyon ou ailleurs…

Pendant toute sa carrière municipale, Alain Juppé a eu un linéaire d’absences très impressionnant, mais parfaitement camouflé… Il a délégué allègrement de nombreuses décisions à d’autres et pas nécessairement à des élus(es)…

Bordeaux fut, pour Alain Juppé, une base arrière logistique apte à préparer son éventuelle candidature aux présidentielles ou, au minimum, lui permettant de garder sa puissance nationale et de happer les postes qui auraient pu se présenter à lui… Ce qui d’ailleurs fut le cas.

Aujourd’hui, quel avenir politique peut-il jouer qui nécessiterai  une base arrière ?

Comme tout le monde, il prend de l’âge et il doit certainement penser à tout ce qu’il pourrait faire sans la pression  de la vie politique… N’a- t’il pas déjà été touché par la tentation de Venise !!!  

Mais la raison majeure, si le Maire ne repartait pas, est certainement  consécutive à l’analyse des dernières élections présidentielles et législatives et surtout à la conscience du ravage de la consanguinité politique de la droite bordelaise qui règne sans partage depuis bientôt (en 2014) 67 ans… Même le Conseil général de la Gironde à large majorité socialiste et malgré la pugnacité  de Philippe MADRELLE a connu l’alternance !!! 

Aucun bord politique, quel qu’il soit, n’échappe à cette « génétique » qui, au bout d’un certain temps, déclenche une sorte de maladie « auto-immune » qui tue par asphyxie tous  les systèmes. C’est une histoire de temps !  Marseille pour la Gauche, Lyon pour la Droite, la liste est longue…

Alain Juppé l’a bien compris et ça le ramène psychologiquement à sa phobie… Le risque d’échec !

Le score de 57% de François HOLLANDE est riche d’enseignements. C’est 5% de plus que Ségolène ROYAL, qui avait déjà réalisé un score historique à Bordeaux (52%).

On me répondra que ce différentiel de 5% et une moyenne nationale, certes ! Mais une moyenne est la résultante médiane entre les scores énormes des villes de gauche et les scores beaucoup plus faibles des villes de droite. En toute logique, Bordeaux, très à droite depuis 65 ans, aurait du donner à François Hollande un score nettement en dessous de cette moyenne nationale. Il faut donc admettre que le rejet de Sarkozy et la traditionnelle vague qui suit l’élection d'un Président n’explique pas tout…

Aux législatives, nous avons assisté à des scores encore plus incroyables,  tels les 59% sur la deuxième circonscription, celle taillée sur mesure pour Chaban-Delmas…  La première circonscription tombe, alors qu'elle est tenue par la Droite depuis la fin du 19ème siècle… Tout cela montre que l’analyse doit être poussée beaucoup plus loin.

La génétique de la consanguinité politique.

A Bordeaux, depuis 65 ans, des familles entières, leurs amis et quelques oligarques, « verrouillent » cette ville dans tous les domaines. Une vitrification infranchissable, s’est alors  progressivement mise en place.

C’est la consanguinité politique et socio-économique qui a précipité le déclin. La clé d’entrée du problème résidant dans le choix de l’urbanisme et des programmes immobiliers basés, presque exclusivement, sur la défiscalisation et confiés au cercle restreint des quelques-uns que je cite plus haut.

Cette politique très libérale a engendré des « symptômes » mortels pour la droite.  Je veux parler de l’arrivée massive de nouvelles populations venues remplir ces milliers d’appartements défiscalisés. Le problème pour la municipalité résidant, dès lors, dans le fait que ces nouveaux bordelais appartiennent pour la plupart, au corps social moyen ou moyen supérieur, principale base de l’électorat socialiste.

Les désillusions : 

Beaucoup ont « acheté » Bordeaux sur « catalogue ». Les nombreux articles, quasi publi-rédactionnels du Point, de l’Express..., à coup de reflet de Bourse dans le miroir d’eau, ont attiré des gens qui, aujourd’hui, se sentent un peu trompés sur la marchandise malgré les quelques interviews de personnes choisies tentant de faire croire le contraire.

En fait, derrière la façade, « Bordeaux la belle » cache une réalité oubliée par tous ces « articles », et que découvrent nos nouveaux arrivants : pénétration du tissu économique contrôlé, une politique culturelle qui n’est pas à la hauteur de la ville, sous-équipement en crèches, écoles publiques, salles municipales… 

Ce qui fut longtemps pour moi un ressenti,  puis, par observation, une analyse, a fini, au hasard d’une rencontre, par une quasi certitude.

 

La preuve par neuf du hasard…

Au moment des élections législatives, à la sortie d’un bureau de vote de mon canton, je croise un monsieur auprès duquel je me présente.

Visiblement ce monsieur était heureux de rencontrer un élu, puisqu’il m’entreprend immédiatement sur sa perception décevante de la ville de Bordeaux, dont il était devenu citoyen depuis peu.

Cet architecte alsacien venant de quitter sa ville pour Bordeaux, attiré comme beaucoup par les catalogues, venait de se rendre compte, après avoir acheté une maison dans un quartier des Chartrons, du manque d’équipements publics pours ses enfants et de l’état général du quartier.

De plus, sans que je dise un mot, il continue sur le système des réseaux bordelais, très difficilement pénétrables, alors que son cabinet fonctionnait parfaitement à Strasbourg.

Il termine en me disant être un peu dépité, beaucoup déçu, et particulièrement interloqué, par la dichotomie entre l’image du maire de bordeaux et de sa ville à l’extérieur et la réalité qu’il venait de découvrir de l’intérieur… Il me serre la main, continue sa route, s’arrête après quelques pas, se retourne, et me lance… Vous savez monsieur, j’ai voté socialiste !!! Je n’ai pas pu m’empêcher de lui retourner… ça tombe bien, moi aussi !      

2014, Juppé ira ? N’ira pas… ? En tout cas, nous, nous irons en ne sous estimant aucun adversaire !!!

Philippe Dorthe – le 07 septembre 2012.



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