Conseiller Général du canton de Bordeaux I et Conseiller Régional d'Aquitaine

   
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Bassins à flot : « On prend bien les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages »

Publié le 31/10/2012

Il faut en effet dire la vérité sur les intérêts des protagonistes qui parlent un double langage et qui nous manipulent dans une grande farce qui va devenir rapidement inconvenante.



Bassins à flot : « On prend bien les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages »

A la lecture de l’article de Julien Rousset dans le journal Sud-Ouest du 31 octobre 2012, traitant de l’éventuelle installation d’une industrie navale aux bassins à flot, je ne peux m’empêcher de rétablir la vérité sur les jeux de posture des uns et des autres.

Il faut en effet dire la vérité sur les intérêts des protagonistes qui parlent un double langage et qui nous manipulent dans une grande farce qui va devenir rapidement inconvenante.

Dans un premier temps il faut savoir qu’il y a un accord (qui ne sera jamais avoué bien sûr) entre le Maire de Bordeaux et certains promoteurs pour éviter toutes implantations industrielles au profit de structures du secteur tertiaire. Les promoteurs faisant valoir l’aspect rédhibitoire des industries quant à la commercialisation de leurs opérations immobilières de standing. Cette vision des choses est d’ailleurs totalement erronée.

Dans cet accord nous retrouvons l’habileté du maire de Bordeaux au maniement du double langage, en laissant croire qu’il défend le projet de chantier naval, alors qu’en secret il espère un pourrissement de la situation, pour ne pas manquer par la suite, dans un numéro parfaitement rodé depuis longtemps, de se désoler que le projet ait avorté. Bien sûr si le port tient bon et arrive à imposer le chantier naval sur son territoire, le même Maire viendra au secours de la victoire.

Pour ce qui est de ces mêmes promoteurs, dont certains cachent leur frénésie spéculative derrière un amour du patrimoine et de l’écologie, cela devraient mesurer leurs propos, qui commencent à friser le cynisme vis-à-vis des gens auxquels ils s’adressent.

Quand on met en opposition le bien être des éco quartiers au dérangement que pourrait occasionner une activité industrielle générant une nuisance due aux peintures des bateaux ou autres… il faut qu’ils aient le courage de mettre sur leurs plaquettes alléchantes, que leur éco quartier va se trouver à 100m d’un des axes les plus fréquenté de Bordeaux intra muros, à savoir la rue Lucien Faure avec ses 40 000 véhicules/jours pour commencer. L’éventuelle gêne des activités industrielles me paraît bien mince par rapport aux millions des M3 de gaz à effet de serre émanant de ces véhicules… Mais que vont penser les futurs « éco habitants » ?

Ne peut-on pas être sérieux un moment en évitant de prendre les gens pour des imbéciles et parler des véritables enjeux d’avenir…

 Si Bordeaux grande ville industrielle a connu la prospérité, (Bx-Sud les grandes verreries, les usines de chaussures à Bx-Nord, les chantiers navals, les usines d’aviation…) elle a également connu, grâce à cela un certain calme social. C‘est bien les industries implantées au cœur de Bordeaux qui assuraient cette mixité sociale si recherchée aujourd’hui. Dans les quartiers, les directeurs d’usines, les ingénieurs, les techniciens, les ouvriers, les manœuvres…partageaient les mêmes commerces, les mêmes services…

Donc, au-delà de l’emploi on a bien la preuve que l’industrie urbaine est génératrice de mixité sociale et de bien vivre ensemble.

De plus, l’implantation des industries en ville est intimement liée à la politique de l’habitat.

Aujourd’hui la volonté politique est de densifier l’habitat dans les agglomérations et particulièrement dans les villes centre. Cette démarche est officiellement liée à une démarche de développement durable tendant à vouloir limiter les flux de déplacements domicile/travail.

Or, dans un même temps on se rend compte que les grands chantiers d’urbanisme font fuir les rares industries qui nous restent. Cette réalité nous amène à ce paradoxe qui va faire apparaître une inversion de ce flux domicile/travail.

Nous avons des gens qui vivent en périphérie et viennent travailler en ville, demain ils vont habiter en ville pour aller travailler en périphérie. Un exemple très concret est en cours puisque l’usine Lesieur aux Bassins à flot va être délocalisée à Bassens. Parmi les 70 personnes travaillant dans cette unité, la plupart vivent à proximité. Demain elles vont être obligées de rentrer dans le cercle infernal domicile/travail alors que jusque là elles y ont échappé.

Alors aidons le port à réussir l’implantation de ce chantier naval générateur d’emplois pérennes à contrario des emplois du tertiaire très mouvants et moins protégés (centres d’appels, aide à la personne….).

Et que les promoteurs se rassurent, les industries modernes au cœur de leur programme ne feront que créer du lien, de l’humanisme, du bien vivre. Ils seront enfin de vrais acteurs d’une ville vivante !

Philippe Dorthe

31 octobre 2012.



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