Conseiller Général du canton de Bordeaux I et Conseiller Régional d'Aquitaine

   
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Discours de Vincent FELTESSE à la CCI de Bordeaux...

Publié le 15/02/2013

Merci d’être si nombreux aujourd’hui dans ce magnifique cadre de la CCI. La visite du Premier ministre et de la Garde des Sceaux ont quelque peu bousculé les agendas, mais il m’a semblé important, voire stratégique...

RENCONTRE investisseurs de l’Observatoire Immobilier de Bordeaux Métropole – vendredi 15 février 2013 – discours de Vincent Feltesse

Mesdames et Messieurs,

Merci d’être si nombreux aujourd’hui dans ce magnifique cadre de la CCI. La visite du Premier ministre et de la Garde des Sceaux ont quelque peu bousculé les agendas, mais il m’a semblé important, voire stratégique, de venir devant vous, parmi vous aujourd’hui, car nous sommes à un moment clé du développement de notre agglomération, dont vous le privé, investisseurs, promoteurs, êtes des acteurs déterminants.

J’ai choisi d’intituler ma présentation La décennie bordelaise. Pourquoi ce titre. C’est que j’ai aujourd’hui le sentiment, partagé je crois ailleurs en France et en Europe, que  dans les cycles urbains, il y a à un moment donné des territoires qui connaissent une conjonction de facteurs favorables et se mettent à compter plus que les autres.

Nous avons tous en tête ce que Lille avec sa reconversion spectaculaire, Lyon avec sa réussite économique, Nantes avec son avance en termes de développement durable, ont pu faire

A chaque époque, il y a des territoires qui soudain donnent le la. C’est là où les choses se passent, là où il faut investir. Et bien, j’ai le sentiment que la décennie 2010-2020 pourrait bien être la décennie de Bordeaux.

Souvenez-vous de Bordeaux il y a quelques années ! Souvenez-vous des quais envahis de voitures et inaccessibles aux piétons. Souvenez-vous de Bordeaux sans le tram… Il est clair que la ville s’est transformée. Et en même temps, je suis convaincu que ce qui a été fait représente assez peu de chose au regard du formidable potentiel de notre territoire.

Quelques chiffres pour être concrets.

D’abord en ce qui concerne la construction.  En 5 ans, nous avons réussi à multiplier par 2 la production de logements. C’est en soit une belle performance. Mais nous voulons aller plus loin. Nous visons d’ici quelques années un rythme de production stabilisé autour de 9 à 10 000 logements produits par an. C’est à peu près ce qui se produit à Lyon, alors même que la population y est nettement plus nombreuse. Nous avons besoin pour cela d’un partenariat solide avec le privé et d’une confiance réciproque.

Ensuite, en ce qui concerne l’activité économique et l’emploi. Vous le savez, toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne. Au cours des trois dernières années, il y a eu malgré la crise économique 12 000 créations nettes d’emplois en Aquitaine. Cela peut sembler peu, mais cela fait de l’Aquitaine la première région de France en termes de création d’emploi. Et bien sur ces 12 000 emplois créés, 9000, les trois-quarts donc, l’ont été dans la métropole bordelaise ! 

Enfin, il faut avoir en tête la masse des investissements publics et privés actuellement engagés sur l’agglomération bordelaise : le GPSO, 15 milliards d’euro ; la 3e phase du tramway, 900 millions ; le pont Jacques Chaban-Delmas, 150 millions ; le franchissement Jean-Jacques Bosc, 140 millions ; 500 millions pour le plan campus et l’Université ; et je ne parle même pas de Bordeaux-Euratlantique.

A ma connaissance, il n’y a guère de territoire en France qui puissent mettre en avant de telles ambitions.

Dans ce contexte, quel est notre rôle à nous, métropole bordelaise ?

J’ai coutume d’articuler les choses autour de ce que j’appelle « l’Eden (EHDN) métropolitain », qui repose sur quatre piliers : l’Emploi, l’Habitat, les Déplacements, la Nature.

Sur la question de l’Emploi et de l’économie

Si nous prenons toutes les filières les unes après les autres, on s’aperçoit qu’il y a à Bordeaux des ressources exceptionnelles. On pense bien sûr à l’aéronautique, au BTP, mais il y a plein d’autres secteurs dans lesquels nous sommes performants : le tourisme, la finance (Bordeaux est la 4e place bancaire française), le numérique, l’économie créative (avec les jeux vidéos, la bande-dessinée, le nautisme (avec de très beaux projets aux Bassins à Flot, avec les chantiers navals de Bordeaux)…

Il n’est pas question d’être en concurrence avec ce que font les autres collectivités, mais nous, la métropole, sommes au centre du jeu économique. Et ce que nous avons fait dans le domaine de l’habitat et du logement, cette espèce de « méthode bordelaise » qui consiste à mettre tous les acteurs autour de la table,  il s’agit maintenant de le faire pour le développement économique du territoire.  

Sur la question de l’Habitat

Dans l’aménagement global de la métropole, nous veillons à ne jamais perdre de vue plusieurs choses :

1°) la nécessité d’avoir une bonne harmonie dans la production de logements. A un moment le risque, c’est la concurrence entre les projets. Que les Bassins à Flot pénalise Brazza, que cela ricoche sur Euratlantique et ainsi de suite. C’est pourquoi nous avons mis en place, avec l’agence d’urbanisme un tableau de bord de la production pour nous permettre d’avoir à chaque instant une vision globale de la situation ;

2°) la nécessité de maîtriser les prix de sortie du logement. A quel coût les logements sortent-ils ? Qu’est-ce qui est abordable pour la population ? Aujourd’hui, les logements sortent à un prix trop élevé par rapport aux capacités de Bordeaux. Notre objectif, c’est d’arriver à sortir des logements à 2 500 €/m2. Cela implique une meilleure maîtrise foncière. Si l’EPA Bordeaux-Euratlantique y est parvenu, c’est grâce aux outils juridiques et à la force de frappe financière dont il dispose. Il faut que nous parvenions nous aussi à mieux gérer notre foncier. Cela passe par une capacité d’intervention collective ;

Sur la question des déplacements

Dans ce domaine, nous avons aujourd’hui à Bordeaux des choses qui fonctionnent. Notre aéroport connaît une forte croissance de son trafic (la barre des 4 millions de passagers a été franchie). Les transports collectifs avec notre nouveau réseau de bus et, bien sûr, le tramway. Il y a 44km de tram aujourd’hui. Avec la 3e phase, nous allons passer à 77 km. Avec une idée simple : étendre étendre un certain nombre de lignes jusqu’à la rocade pour réduire le trafic automobile dans le cœur d’agglomération les entrées voiture, et combler aussi un certain nombre de « trous ». Enfin, le « Grenelle des mobilités » que nous avons conduit au premier semestre 2012 a permis d’envisager de nouveaux modes de régulation des déplacements, qui préfigure la mobilité métropolitaine de demain.

Ce qui fonctionne moins, c’est le trafic auto et poids lourds. Le temps moyen passé dans les transports a augmenté d’une minute au cours des dernières années. C’est très peu bien sûr, et en même temsp c’est un signe qui doit nous alerter. Nous avons un axe structurant, qui est la rocade. C’est entre 80 000 et 120 000 véhicules par jour. Cet axe aujourd’hui fonctionne mal. Il est pourtant très important économiquement (2/3 de nos emplois de nos emplois sont situés à proximité de la rocade). On a perdu pas mal de temps avec le vrai-faux débat sur le grand contournement, 15 années sont passées sans que rien ne se passe. J’ai la réputation d’être un politique « intellectuel ». Mais tout intellectuel que je suis, je considère que faire, c’est pas plus mal. Arrêtons les conversations en salon. Le sujet aujourd’hui, c’est comment on fait ?

Avec le Grenelle des mobilités, nous avons cherché de nouveaux modes d’organisation du trafic. Il faut aussi faire en sorte qu’il y ait des financements publics. Et je milite avec mes collègues de la Région et du département pour que la mise à 2x3 voies de la rocade soit inscrite au SNIT. Mais il faut aussi trouver des choses plus astucieuses pour que ça aille plus vite. Voir, comme ça s’est fait sur une partie de la rocade de Toulouse, ou encore en Dordogne, si la durée des concessions autoroutières ne pourrait pas être allongées (un peu) en échange d’un financement privé, par les sociétés autoroutières, de l’élargissement de la rocade. Du côté de Vinci, l’accueil est plutôt positif. Côté Elysée, aussi. Si ça fonctionne, on peut avoir une mise à 2x3 voies de la rocade dans les 5 années qui viennent, alors qu’il nous faudrait trente ans pour y parvenir avec un financement entièrement public.

L’élargissement de la rocade ne résoudra pas tout. Je sais bien que la mobilité est un combat sans fin (je me souviens de l’élargissement du pont d’Aquitaine…). Mais tout de même, nous aurions accompli un grand pas si nous parvenions à désengorger la rocade.

Sur la question de la Nature, enfin

Disons l’environnement au sens large. La qualité de vie, la beauté paysagère font partie de notre marque de fabrique. Vous le savez, c’est quelque chose qui a son importance aujourd’hui dans le développement des territoires.

Nous nous sommes fixés une règle simple. La métropole bordelaise est composée à 50 % d’espaces naturels et agricoles. Et bien, nous allons conserver cette proportion. Il est possible d’augmenter la production de logement sans réduire la place de la nature. Il y faudra de l’habileté, mais il y a les réserves foncières nécessaires, il y a les marges de manoeuvre.

Vous le voyez, à la métropole, nous faisons en sorte d’assurer les conditions d’un développement harmonieux.

Mais notre mission ne s’arrête pas là. Ce que nous voulons, c’est inventer à Bordeaux ce que sera la ville de demain. Cela peut apparaître comme « une tarte à la crème ». Mais quand on regarde les évolutions actuelles (la raréfaction des crédits publics et la montée en puissance du privé ; la mise à l’agenda des questions environnementales ; la révolution numérique ; le temps venu des territoires…) on a le sentiment que le modèle de développement urbain qui a prévu au cours des décennies précédentes ne pourra pas résister au choc du futur.

Nous sommes une agglomération qui, à un moment, a pris beaucoup de retard. Nous avons quand même eu le tramway 20 ans après les autres. Mais maintenant, nous sommes localement dans une période de mutation au moment même où tout mute autour de nous. Je suis socialiste, et plutôt fier de l’être. Et pourtant je considère que le public et le privé doivent travailler ensemble. A nous d’être inventifs, à nous de trouver les nouveaux leviers, les nouvelles manières de faire en associant tous les acteurs. Ou alors l’élan retombera. Au lieu d’être l’endroit où ça pulse, nous deviendrons une ville musée dans un pays qui continuera à se désindustrialiser.

C’est ça l’enjeu des années qui viennent. Après des années de remise à niveau, un effort important accompli sur les infrastructures, la beauté de la ville retrouvée, il faut maintenant qu’on mette de la chair et de la créativité dans tout ça, pour que Bordeaux soit demain le lieu où il faut être, y compris en termes d’économie et d’emploi.

Un dernier point. La dernière fois que je suis intervenu devant vous, j’étais avec Alain Juppé et nous vous présentions les perspectives bordelaises. Nous mettions alors en avant notre entente cordiale. C’est un sujet qui, cela ne vous a pas échappé, risque d’évoluer dans les mois qui viennent par rapport aux règles qui ont été les nôtres. Mais j’y vois aussi une possibilité d’émulation extraordinaire. Cette éventuelle confrontation doit permettre de continuer à tirer vers le haut Bordeaux et sa métropole.



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