Conseiller Général du canton de Bordeaux I et Conseiller Régional d'Aquitaine

   
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EDITO : Bordeaux : Du bilan réel au bilan ressenti ou vice et versa !

Publié le 15/06/2013

Si les météorologistes ont inventé le concept de température réelle et de température ressentie, Alain Juppé, lui, a inventé le bilan ressenti par rapport au bilan réel.

Si les météorologistes ont inventé le concept de température réelle et de température ressentie, Alain Juppé, lui, a inventé le bilan ressenti par rapport au bilan réel.

Il a depuis longtemps assimilé cette nuance, puisque ce qui compte, après tout, c’est d’avantage le bilan ressenti par le peuple que le bilan réel.

A Bordeaux cette tactique est savamment utilisée au travers d’une parfaite stratégie de communication bien rodée, qui manipule les cerveaux des citoyennes et citoyens que nous sommes.

L’astuce est simple, communiquer, communiquer à outrance sur l’arbre qui cache la forêt.  Ce matraquage pénètre les esprits qui ne voient plus que cet arbre en occultant la forêt de la vérité.

Depuis maintenant 18 ans, le maire de Bordeaux surfe sur la transformation des quais ou du moins sur le « retoilettage » du génie des architectes et des intendants  du 18ème siècle. La mise en valeur de l’ancien, du beau, de l’exceptionnel est particulièrement rentable en termes d’image et de plus, politiquement très œcuménique.

Mais derrière tout cela, derrière le miroir d’eau et la façade majestueuse des quais, que se cache-t-il ?

Que se passe-t-il dans nos quartiers, sinon une politique urbanistique abusivement  spéculative ?

Là aussi dans ce domaine une communication quasi manipulatoire est mise en œuvre. Des multitudes de réunions de concertation sont organisées avec quelques forces vives des quartiers. On amuse la galerie, on fait croire aux gens que leur réflexion sera force de loi et en fin de compte le résultat n’a rien à voir avec la vision des « concertés ».

Ce résultat est souvent issu d’une politique du coup par coup qui échappe à cette même majorité municipale ayant largement abandonné son pouvoir régulateur pour la plus grande joie des promoteurs qui, aujourd’hui, font la pluie et le beau temps.

Un exemple récent illustre bien cet état de fait… Un immeuble de 4 étages et sans grande spécificité architecturale vient de sortir de terre à 20 mètres du Magasin aux vivres de la marine, ouvrage du 18ème siècle, classé monument historique depuis 1991.  Comment la puissance publique peut-elle laisser détruire les abords et la perspective du seul monument classé du nord de Bordeaux, alors que des lois sont très claires sur la protection de nos monuments ?

De plus ce bâtiment impose sa façade nord à moins de 5 mètres des fenêtres d’une petite résidence, ce qui oblige les locataires à vivre en permanence avec la lumière électrique.

Mais à qui donc profite un tel laxisme ?

Qui est derrière une telle complaisance et pourquoi ?

Cet exemple n’est malheureusement pas isolé.

En dehors du triangle bordelais et de son secteur sauvegardé, tous nos quartiers sont taillés en pièces par une frénésie immobilière, dont l’ensemble ne ressemble pas à grand-chose.

Une sorte de pathologie ou plutôt d’empressement nerveux,  à se distribuer un gâteau, avant que le vent tourne. Seules quelques petites opérations de belles factures ponctuent ce magma de béton bardé parfois de bois pour faire écolo…

Derrière nos quais classés au patrimoine Mondial de l’Humanité et au-delà de la destruction massive du « génie du lieu » de la ville, se rajoute quelques réalités. Bordeaux, la ville qui ose être la plus chère de France après Paris, Bordeaux la ville qui ose être une des grandes villes du pays les moins équipées en matière d’accueil de la petite enfance et particulièrement en places de crèche, Bordeaux qui ose être la ville en queue de peloton pour les installations sportives de proximité, comme par exemple  les piscines… La liste est bien longue ! Et dire que l’équipe qui est à l’origine de ce triste bilan annonce à coup de porte voix son slogan pour les municipales de 2014 « osez bordeaux » !

D’un autre côté, quand on cherche à être positif, toutes les grandes réalisations qui marquent la ville sont de la responsabilité de la CUB. Le pont Chaban-Delmas, CUB, Ville de Bordeaux 0 €. Les Vcub, c’est la CUB ! Les bateaux bus, c’est la CUB ! La baisse du prix de l’eau, c’est la CUB ! L’extension du TRAM, c’est aussi la CUB, qui, faut-il le rappeler,  est présidée par Vincent Feltesse.

Voilà comment, la communication dirigée, arrive à faire ressentir un bilan qui est loin de la réalité… c’est la puissance du bilan ressenti.

Pour clore ce propos et lui donner un témoignage humain, il me revient en mémoire une scène assez surréaliste que j’ai vécue, il y a quelques mois, lors d’une manifestation associative au cœur de mon canton. Après les discours du Maire et de moi-même, une jeune femme dont je connaissais bien la situation, allocataire des minimas sociaux, une famille nombreuse, un logement peu adapté à sa réalité familiale, s’est jetée au cou du Maire, en lui lançant « ha Monsieur le Maire, merci pour ce que vous faites, les quais sont si beaux… ». Cette personne précaire en oubliait sa condition, dûe en grande partie à la résultante d’une politique sociale municipale minimaliste.

Et bien le bilan ressenti c’est ça !

Fort… ne trouvez-vous pas ?

Philippe Dorthe

Le 15 juin 2013



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