Conseiller Général du canton de Bordeaux I et Conseiller Régional d'Aquitaine

   
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6,3

Publié le 29/05/2019

En tout cas et malgré les contorsions des spécialistes du « qui perd-gagne », force est de constater que nous n’avons pas avancé d’un iota, et que le choix d’une tête de liste extérieure n’a strictement rien amené.

LES SOCIALISTES DU « QUI PERD – GAGNE »

 Avec 42 ans de Parti Socialiste à mon actif, vous comprendrez que je ne suis pas de la génération de la fronde. J’ai toujours appliqué la discipline du parti même en avalant les couleuvres. Je n’ai jamais quitté le terrain avant la fin de la partie, mais je me suis toujours exprimé aux vestiaires. Hors cette partie est maintenant terminée et nous sommes donc aux vestiaires, alors je m’exprime, que ça fasse plaisir ou non.

C’est curieux chez nous les Socialistes cette propension à s’arrêter au verre à moitié plein.

C’est curieux chez nous les Socialistes d’assister parfois à cette alchimie qui transforme  nos échecs en réussites.

Dimanche, c’était curieux de voir des Socialistes heureux car soulagés de ne pas avoir régressé et d’être resté au score des Présidentielles, tout en se rassurant de voir le petit score de la France Insoumise ou de Génération’s ; ce qui est une bonne chose mais sans pour autant que se soit à notre profit.

Pour ce petit résultat aux Européennes, ou nous restons dans un déni quasi pathologique, ou bien nous acceptons de nous être trompés de stratégie, ou bien encore nous  nous avouons que notre légitime majorité s’est trompée en faisant voter aux militants une stratégie qui n’a pas marché (alors que certains de l’opposition du parti avaient alerté avec motivation, sans pour autant être entendu par une direction plus ouverte vers l’extérieur qu’aux idées de leurs camarades).

En tout cas et malgré les contorsions des spécialistes du « qui perd-gagne », force est de constater que nous n’avons pas avancé d’un iota, et que le choix d’une tête de liste extérieure n’a strictement rien amené. Les chiffres sont têtus, 6% avant Raphaël Glucksmann et au final, après quelques sondages yoyo, toujours 6% avec  Raphaël Glucksmann. Je sais bien que les grands analystes du PS vont  nous démontrer par À+B  que cet immobilisme annonce une grande dynamique, prémices à la création d’une grande Fédération Des Gauches, type convention des institutions républicaines…

Souhaiter l’union, c’est évidemment une bonne chose, mais analysons avec qui nous nous sommes alliés? Bordelais, je ne voudrais pas faire de provincialisme, mais vraiment une alliance avec quelques clubs plus connus dans certains quartiers parisiens que dans la France profonde n’a pas vraiment fait recette. Les millions de Françaises et de Français qui souffrent et qui le 5 du mois n’ont plus rien pour vivre, n’ont apparemment pas bien saisi notre message.

Une union n’est pas en soi un programme politique.

L’union n’a de sens que derrière un texte commun inscrivant des idées charpentées et supportables par tous, issus d’organisations diverses ayant une certaine habitude de la réflexion politique bâtie sur le temps long et l’expérience et non derrière quelques lignes, mises en avant par des gens de bonne volonté qui décident de faire de la politique comme on décide de se mettre au golf et dont certains, pensent à gauche depuis quelques mois à peine tout en critiquant le passé du PS.

Et si tout ça n’était pas à une erreur de stratégie, mais une vraie stratégie bâtie sur le constat que le PS n’est plus qu’une force d’appoint, un peu comme le fut le PRG pour le puissant Parti socialiste que nous fûmes. Et si pour notre majorité, il suffisait de se satisfaire d’appliquer le vieil adage « mieux vaut être le n°1 de son village que le n°2 à Rome ».

Alors si c’était ça,  pour le village c’est fait ! Et nous avons même un n°1 légitimement élu. Notre objectif serait désormais de négocier notre force de complément avec ceux, à gauche, qui au gré des élections ont le vent en poupe.

Ça peut être une ambition !

Mais la petite musique va changer pour beaucoup d’entre nous, c’est nous maintenant qui allons devoir frapper à la porte. Dans un premier temps pour les municipales à celle de Mr Jadot, qui va nous ouvrir bien sûr, mais en nous faisant déchausser et mettre les patins.

Et le chapeau dans les deux mains comme un cache sexe, il faudra lui demander poliment et sans le froisser une alliance. Poli, il nous rappellera notre score de 6%.  Déjà dans nos territoires certaines chrysalides vertes déploient leurs ailes

Puis bis repetita pour les régionales et les départementales.

Puis viendra le temps des Présidentielles... Alors là, espérons que nous aurons une championne ou un champion qui nous sortira de cette balade mortifère, mais si ça ne marchait pas, j’ai bien peur de voir se ré-ouvrir sur le marché des vides greniers politiques notre stand à 6%. Et comme Macron est le grand vainqueur de ces Européennes en ayant réussi à inscrire durablement la bipolarisation de la vie politique française avec le RN,  il imposera encore une fois le cas de conscience : c’est moi ou le chaos ! 

Alors on nous expliquera que même si Macron n’est pas notre tasse de thé, nous n’avons plus le choix, on nous expliquera qu’il faudra passer sous ces fourches caudines ou ça sera effectivement le chaos. Bien sûr, chez nous certains ne seront pas perdants il y aura bien un ou deux maroquins et quelques circonscriptions à négocier…

Quel cauchemar d’y penser... mais bien sûr c’est une pure fiction.

Aujourd’hui, il est de bon ton de penser que les partis traditionnels sont révolus... c’est possible !

Vouloir construire autre chose avec un conglomérat de personnalités serait une erreur. À terme, on retrouverait les mêmes règles que celles des partis traditionnels ; le cerveau reptilien de l’organisation humaine à la peau dure depuis le paléolithique en reproduisant toujours le même schéma. Sur ce sujet l’histoire a souvent parlé.

D’ailleurs, en ce qui concerne la fin des partis politiques au profit d’organisations « nouvelle vague » nous avons l’antithèse avec le RN, qui est un parti de longue tradition et qui décline inexorablement un programme, certes pourri,  mais qui, on vient de s’en rendre compte fait mouche.

Alors Chers Camarades, avant de réinventer le fil à couper le beurre dans je ne sais quel rassemblement, rassemblons nous nous mêmes.

Les uns et les autres, sortons de nos certitudes. Et pour les membres de la majorité, acceptez les idées venant de tous, pour construire ensemble dans la cogestion un vrai Parti social démocrate.  Passons par une grande convention nationale programmatique basée sur nos idéaux de gauche et qui ne soit pas encore l’inventaire d’un bilan. Une convention nous menant à un solide socle de reconstruction résolument à gauche et audible par celles et ceux qui ne nous comprennent plus et qui restent chez eux ou pire, sont tentés par le populisme. La sociale écologie, l’agro écologie, la transition énergétique doivent alimenter concrètement nos réflexions et devenir les axes forts de développement des emplois de demain, mais encore faudra-t-il trouver les bons mots  et le bon porte-voix pour être compris.

Philippe DORTHE

Membre du Bureau National du PS



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